30 ans que je fais de la musique. Plusieurs centaines de compositions entamées, de titres partagés, des albums avec parfois un peu de succès aussi. De l’électro instrumentale, de la pop, de la variété, des musiques de jeux vidéo et des sons propres à l’univers de la Demoscène… J’ai touché à bien des choses.
Mais ces derniers mois, j’ai senti quelque chose de nouveau. Une énergie, de l’émotion, de la créativité… et, l’un après l’autre, ce sont quatre nouveaux morceaux qui ont pris leur envol et me semblent aujourd’hui faire partie de ce que j’ai écrit et composé de meilleur durant toutes ces années.
« In a Pouring Rain », dans la pluie du printemps.
« Paris en bouteille », dans la douceur d’une nuit d’été.
« Nos mondes », dans un tourbillon d’automne.
« Melancholy », dans le froid un peu voluptueux de l’hiver…
Près d’une année et demie à laisser mûrir chacun de ces morceaux. Chercher les meilleurs sons, construire les arrangements, écrire les paroles, trouver les mots, raconter une histoire… et puis poser ma voix.
Ces quatre chansons sont devenues le coeur d’un album qui, petit à petit, se construisait dans ma tête depuis la fin de l’année dernière : « Mondes connectés ».
Au début des années 2000, je composais abondamment mes modules sous Impulse Tracker, avec de régulières collaborations dans le monde de la Demoscene ainsi qu’avec la bande de Trackers@Work. En parallèle d’albums comme Let the Sun Shine, une autre idée a commencé à prendre forme : revisiter dix années de création musicale, mais à travers le regard des autres. Pas un best-of, pas une compilation, mais un projet collaboratif où chacun pouvait s’approprier une de mes compositions et en proposer une version personnelle, finalement cet état d’esprit de partage dans lequel Internet nous plongeait à l’époque !
L’appel est parti, comme on le faisait à l’époque : un message envoyé dans les Forums que fréquente, dans ICQ et sur Nectarine. Le nom du projet s’est imposé rapidement : CJ’s World Remix. L’idée : piocher librement dans mes titres, connus ou oubliés, sans contrainte de genre, juste avec l’envie de le remixer.
La pochette de l’album CJ’s World Remix réalisée par Tohad
Les premières confirmations arrivent en 2003.
Certains noms me sont familiers — Maf, Logic Dream, Nightflowers, GDream, Crazy Man, Phenixir, LLB, Paranoyak… D’autres viennent de pays et de la Demoscene que je côtoyais à distance : Finlande, Russie, France, Belgique, États-Unis, Suède… Petit à petit, la liste s’élargit : Little Bitchard, Makke, SampleMaster, Prophecy , Xenon, Genetic Gemini, Yelson… Chacun apportant sa sensibilité, son logiciel et ses habitudes.
Les titres choisis sont variés : Des morceaux emblématiques comme Let the Sun Shine ou Tic Tic Tac mais aussi des compositions moins connues qui trouvent soudain une nouvelle vie. Certains remixes rappellent l’ambiance des compos en Demoparty, d’autres prennent des directions totalement inattendues.
Pendant plusieurs mois, je découvre ces relectures au fur et à mesure. Il y a de la surprise, de la nostalgie et parfois ce sentiment étrange d’entendre sa propre musique comme si elle venait de quelqu’un d’autre. Nectarine Radio relaie le projet et permet à ces versions de circuler au-delà du cercle de ceux qui s’y sont investis.
L’album est finalisé début 2004. Les morceaux sont rassemblés, les MP3 publiés, un site accompagne le tout. Ce n’est pas un album que j’ai composé, mais un miroir de presque dix années de créations relues par celles et ceux qui m’avaient croisé dans ce petit monde depuis évaporé.
Aujourd’hui, CJ’s World Remix ressort enfin sur Bandcamp ! Ce n’est pas seulement une archive : c’est une trace fidèle de cette période où un PC modeste, quelques échanges en ligne et une passion commune suffisaient à faire naître un projet collectif.
Redécouvrir cet album, c’est retrouver la scène telle qu’elle se vivait alors : libre, spontanée et profondément attachée aux mélodies et au partage.
Ce weekend se tenait l’un des plus grands rassemblements européens de Demosceners lors la Revision 2025 en Allemagne.
C’est l’occasion pour de nombreux artistes numériques de se lancer d’incroyables défis dont la réalisation de « Démo », des animations visuels et musicales devant relever divers défis techniques, parfois porches de court-métrage, dont le rendu est calculé en temps réel sur différents modèles d’ordinateur.
Perdu dans mes complexes et grises pensées de ces derniers mois, LLB est venu me bousculer avec un nouveau projet à présenter lors cet évènement. Timing serré, nouveaux outils musicaux à prendre en main, serais-je encore dans le coup pour mettre en musique la très sympathique nouvelle production de CTRL-ALT-TEST ?
Très vite des idées me sont venues en lisant le script, et celles-ci se sont mises en musique devant les premiers plans du projet.
Certes, pour beaucoup ce rendu 3D est loin des standards de film d’animation et musicalement, cela sonne très electro-cheap. Difficile de mettre en lumière le défi technique que ces demos doivent relevés, dans ce cas, animation et musique tournent en temps réel sur base de code informatique ne devant pas dépasser les 8.000 octets. (A titre de comparaison, il y en a plus de 1.000.000 sur une bonne vieille disquette PC)
Présentée en direct devant près de 1.000 personnes ainsi qu’en streaming-live, « The Sheep & the Biker« termine 2° de sa catégorie !
Encore un très beau résultat pour CTRL-ALT-TEST avec qui je collabore depuis déjà 15 années !!
Je vous partage la découverte en « live » de la Démo.
1983, un Commodore 64 débarque à la maison, j’ai 6 ans !
C64 – Music Processor, mon premier logiciel pour composer de la musique
1993, c’est la dernière année que le C64 s’allume chez nous. J’y découvre encore de nouveaux jeux tels que Maniac Mansion et Outrun. C’est aussi cette année-là que je vais programmer mes premières musiques avec le logiciel Music Processor.
2013, 20 ans plus tard j’échange sur Twitter quelques messages avec Lazycow qui finalise un premier « nouveau » jeu pour le C64. Je me lance dans le projet fou d’en faire la bande son, ce sera ma première musique de jeu vidéo officielle pour le jeu PowerGlove qui sortira un peu plus tard sur cartouche puis sur Amiga 500.
2023, durant les 10 années passées j’aurais participé ponctuellement à composer les bandes sons d’autres jeux pour le C64. Relentless, Grid Pix et prochainement Wolfling. Mais je suis assez enthousiaste aujourd’hui de pouvoir faire vibrer avec énergie la démo « Cubic Dreams » sur C64, toujours programmée par Lazycow et qui se mesure à de grand nom de la scene. Depuis des semaines, j’écoute en boucle le titre « Desire » de Calvin Harris et Sam Smith. C’était le point de départ tout trouvé pour faire quelques chose qui « Bounce« . Le transposer dans une saveur old school rétro à la sauce Cyborg Jeff était un défi revigorant !
Techniquement, j’aurais aimé qu’il sonne dans toutes les configurations, mais il tire son potentiel sur le processeur sonore SID 6581. Faites vous plaisir, voici la musique ! Vous pouvez également retrouver la démo à faire tourner environnement réel parmi les participants de la #OnlySpritesCompo2023. — Notre Demo terminera en 3° position !
De son côté, Lazycow expliquait qu’il existe une astuce issues du portage de Maniac Mansion sur le C64 qui permet de construire de larges sprites, c’est à dire des images conçues pixels par pixel et qui pourront être affichées et déplacées sur l’écran du micro-ordinateur. Néanmoins, il a tenté de reproduire quelques choses de similaires afin de pouvoir par exemple donner l’impression d’avoir une Amiga Ball qui tourne ou le gros monstre.
More #C64 sprite multiplying – this time: Moving the blocks independently, like suggested by Basw. Had to switch back to dynamic mode to do this. Sprites only, what next? pic.twitter.com/t3iZhpaz5v
Son outil de SpriteMultiPlexer pour cette nouvelle demo est beaucoup plus rapide que dans le projet « Robomania » précédent. Ce dernier était limité à 28 sprites en déplacement, alors qu’ici Cubic Dream monte jusqu’à 34 et aurait pu en afficher plus si le délai avait été plus long. En effet, la Only Sprites Compo implique de concevoir son projet en 1 mois. Lazycow avait déjà une série d’idée et d’effet, mais le gros défit fut de les assembler… puis vint l’idée de leur donner un sens, et comme il n’y en a pas vraiment, cela ne pouvait être qu’un rêve : )
Restrictions de nos libertés, un monde définitivement différent, tel est le sentiment vécu aujourd’hui depuis l’arrivée du virus de l’autre bout du monde.
Tous les mois passés m’ont fait vivre une palette d’émotions, de colère, de nervosité mais aussi d’espérance et de sérénité d’un retour à l’essentiel.
Si les « grands » artistes ont pu « profiter » des moments d’isolement du premier confinement pour créer à tout va, ce qui m’aura laissé par moment une certaine frustration, pour ma part, ce n’est qu’un peu plus tard que mes petites musiques auront été ces tentatives de partager et de faire sortir tout ce ressenti. Sans avoir de mon côté, des journées entières à ne rien faire d’autre, que nenni.
Cyborg Jeff – Respire, l’album – 2022
Le projet « Respire » a vraiment pris vie durant l’été 2020. On y croyait alors pourtant, cette folie de lockdown et de port de masque serait derrière nous, l’été revenu. On avait déjà commencé à reprendre une vie normale, partir en vacances, visiter Amsterdam, plonger dans les piscines de la France… mais à quelques jours de la rentrée de Septembre, déjà les média nous font la morale !! La seconde vague est proche !!!
Et pourtant, j’ai alors envie de m’arrêter sur ce petit moment où l’on retire son masque et où l’air frais se jette à nouveau sur notre visage, entre dans nos narines et nos poumons me donnant l’envie de crier :
Respire, respire, derrière ce masque on transpire…
Respire, respire, tant que tu es à l’air libre.